Nous avons passé une partie de l’après-midi, la veille, à l’inventaire de nos bagages respectifs. Alléger. Éviter le superflu. S’assurer de disposer de l’indispensable. « Tout ce que vous emportez et pour lequel vous vous dites ‘au cas où, on ne sait jamais’, il faut le laisser à quai » disait cet auteur et baroudeur à vélo, interviewé en radio quelques jours avant notre départ.

Je prends ces préparatifs très au sérieux, déjà conscient du poids que j’emmène en plus de mes kilos adipeux superflus. Mon vélo de cyclotourisme acheté quelques mois auparavant chez Décathlon en pèse 11 sans les bagages et moi près de 95 sans mon destrier. Ensemble, sacoches remplies, la balance affiche donc un bon 130 kilos. Comment ce vélo d’entrée de gamme va-t-il digérer, au long cours, cette surcharge pondérale ? Je l’ignore mais il est bien trop tard pour reculer ou m’en inquiéter.

Le van qui va nous conduire à Valence, lui aussi, est plein jusqu’à la garde, nos deux montures sont arrimées sur le porte-vélos, et l’église de la Sainte-Vierge de Laplaigne claironne déjà la demi de huit heures lorsque la vision du sourire de nos épouses s’estompe dans le rétroviseur. Au programme de cette seule journée : 740km d’autoroutes -3/4 de ce qui nous attend à vélo pour les 12 prochains jours- et pour rallier Valence, un soleil radieux et un ciel limpide. Les mines sont réjouies de part et d’autre. Je ne sais s’il partage mon impatience de démarrer la vraie aventure, mais Jean-Christophe s’y prépare activement. D’une sieste réglementaire par jour, son régime préliminaire passe aujourd’hui à deux. Je ne lui en tiens pas rigueur, je l’admire même dans cette capacité à s’assoupir sur commande, quasiment n’importe où, et pour quinze à vingt minutes. D’ailleurs, j’aime conduire, et la perspective d’une journée au volant entrecoupée de très courtes et rares pauses ne m’effraie guère.

Valence nous ouvre déjà ses portes, il n’est que 17h30. Trop tôt pour envisager un repas. Pas pour déguster notre première bière en terrasse. Il a fait très chaud, aujourd’hui encore, et pour éviter toute affection respiratoire qui ferait mauvais genre vu nos projets pour les jours à venir, l’air conditionné a fonctionné au minimum dans l’habitacle. La douche houblonnée vient ragaillardir mon for intérieur, à peine émoussé par les heures de route. L’excellent repas, savouré à la table d’une brasserie sur une charmante place piétonne, termine son œuvre : les paupières s’inclinent face à la pesanteur et il est grand temps de rejoindre notre étape pour cette « dernière » nuit.

Peyrus, minuscule bourg lové au pied du massif du Vercors, et plus précisément la pelouse accueillante d’un petit producteur de foie gras, formeront notre campement du soir. Ici, la 3G n’a pas encore déployé ses tentacules et le débit anémique qui alimente mon GPS n’aide pas ce dernier à nous indiquer le chemin. Un « chemin noir » de l’Hexagone, sans doute, comme ceux sur lesquels Sylvain Tesson a crapahuté pour nourrir l’un de ses récits parmi les plus inspirants.

Au loin, la large croix de Notre-Dame de la Paix veille, d’un blanc immaculé, sur nous. Le soleil lui, a déjà tiré sa révérence et cessé de colorer les roches calcaires du Vercors voisin. Jean-Christophe s’immerge déjà dans le confort sommaire -quoique pointillé de millions d’étoiles- de sa minuscule tente de trekking. Je le regarde s’assoupir dans ce minuscule vaisseau de toile et de tissus. Il me semble un bien frêle esquif contre une tempête, et pourtant, c’est surtout des nuées de moustiques qu’il le protègera chaque nuit. Je snobe ma tente 2 personnes pour ce soir, et opte pour ma part pour le matelas juché dans le toit du van, pensant y trouver un nid douillet propice à une nuit (p)-réparatrice. Erreur ! Je ne fermerai finalement que trop peu les écoutilles, tiraillé entre bruits du dehors, questions et doutes du dedans, et la planéité toute relative de ma couche, qui me voit rouler à intervalle régulier vers le flanc du toit escamotable.

Km de l'étape

Etape à l’Est de Valence

Peyrus – Foie gras du Vercors

44.916199, 5.106193

Km cumulés